Comment aider une femme victime de violences conjugales

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En Octobre dernier, alors que j’étais encore salariée, une collègue de formation me confiait son désarroi. Régulièrement, elle entendait sa voisine se faire frapper par son conjoint, mais elle n’osait pas appeler les gendarmes car il n’y avait qu’elle qui pouvait être témoin de ces violences. Elle habitait un appartement dans une maison mitoyenne au coeur d’un tout petit village, et venait d’arriver dans notre nouvelle région, où elle ne connaissait absolument personne. Sa confession m’a complètement chamboulée, et j’ai souvent repensé à cette femme, que personne n’allait oser aider.

A travers ce magazine, j’ai à coeur de vous aider à simplifier & faire pétiller votre quotidien, mais aussi de m’engager pour des causes qui me touchent, en partageant des messages importants.

Cet été, j’ai donc contacté Caroline, la Présidente de l’association Putain de guerrières, qui a gentiment accepté de répondre à mes nombreuses questions, afin que je puisse rédiger un article éclairé, offrant des solutions concrètes.

Quelques chiffres

Depuis mon entretien avec Caroline au mois de Juillet, 24 femmes supplémentaires sont décédées sous les coups de leurs conjoints, ce qui porte à 103 le nombre de victimes depuis le début de l’année. En moyenne, une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son partenaire. Du moins, cela était la moyenne jusqu’à maintenant. Cette année, nous sommes tristement plus près d’une femme tuée par son conjoint un jour sur deux.

D’après l’Observatoire national des violences faites aux femmes, 219 000 femmes seraient victimes, chaque année, de violence physique et/ou sexuelle par leurs conjoints, ou par leurs ex compagnons. (Ce chiffre ne comprend pas les violences psychologiques). Moins d’une sur 5 porte plainte. Si les hommes sont également concernés, seulement 12 % des victimes de violences sont des hommes, et 60 % des 28 hommes tués par leur compagne en 2018, étaient violents envers elles.

Alors, que faire ?

De nouvelles mesures par l’Etat

Avant tout, il faudrait que de solides mesures soient prises lors du Grenelle des violences faites aux femmes qui vient de s’ouvrir : prévention, sanctions strictes & réellement (et rapidement) appliquées, davantage de places en foyers spécialisés, fonds suffisamment importants, mesures d’éloignement (je trouve aberrant que ces pères aient un droit de garde en dehors d’un lieu neutre, que la victime soit donc contrainte de garder le contact, et d’apporter l’enfant elle-même, ce qui les met en danger (un triste exemple dans ce témoignage)…

Le bracelet anti-rapprochement, qui a fait ses preuves en Espagne (où de nombreuses mesures ont été prises ces dernières années) devrait être généralisé en France début 2020. Le fonctionnement est simple : l’ex compagnon violent est équipé d’un bracelet électronique permettant de le géolocaliser, la victime d’un boitier. Grâce à cela, elle est informée lorsque celui-ci pénètre dans un périmètre défini, ce qui lui permet de se mettre à l’abri, et de laisser le temps aux forces de l’ordre d’intervenir, ce qui n’est pas possible avec le Téléphone Grand Danger, puisque celui est actionné trop tard : lorsque la victime est déjà en contact visuel, ou physique, avec son agresseur.

Ce que nous pouvons faire à notre niveau
  • Si vous êtes témoin de violences, appelez immédiatement la gendarmerie. Ne minimisez pas les faits, afin qu’une patrouille soit envoyée rapidement sur place.
  • Si, comme ma collègue, vous n’osez vraiment pas le faire parce que vous êtes isolée, et l’unique témoin possible, vous pouvez déclarer ce fait sur une plate-forme en ligne dédiée. Vous échangerez via un chat avec un policier, ou un gendarme, spécialement formé. Votre conversation pourra être effacée à tout moment, quelque soit le support que vous utilisez.
  • Si vous n’osez pas téléphoner car vous pouvez être entendu.e, prévenez les secours par SMS au 114. C’est l’équivalent du 17, ou du 112, pour les personnes sourdes, ou malentendantes, mais il est ouvert à tous, notamment si vous ne pouvez pas parler sans vous mettre en danger. Il ne doit être utilisé que dans une situation d’urgence, et non pour déclarer un fait quelques heures ou jour après.
  • Vous pouvez également entrer en contact avec la victime lorsque vous savez qu’elle est seule. Souvent sous emprise, elle ne sera pas forcément prête à accepter votre aide, mais faites-lui savoir que le jour où elle aura le déclic, vous serez là. En attendant, donnez-lui ces informations, ainsi que les coordonnées des associations près de chez vous. Si elle est prête, vous pouvez l’accompagner dans ses démarches : aller au commissariat, aller faire constater ses blessures, rencontrer une assistante sociale, etc…
  • Cela est valable également si vous n’êtes pas témoin, mais que vous constatez, ou pensez, qu’une personne est victime de violences conjugales.

C’est d’autant plus important que, souvent, l’homme fait le vide autour d’elle. Petit à petit, la victime arrête de travailler, n’a plus accès aux comptes, parfois plus non plus à ses papiers, à sa carte bancaire, ou à son téléphone, est éloignée de sa famille, et de ses amis. Sous cette emprise, elle peut aussi croire les propos de son conjoint, et être convaincue de mériter ce qui lui arrive. Elle peut également être terrorisée de partir, et craindre des représailles pour elle, ses proches, ou ses propres enfants.

Justement, il faut également penser à ces derniers qui sont les victimes collatérales de ces situations, quand ils ne sont pas concernés physiquement. En 2016, 25 enfants ont ainsi été tués dans le cadre de violences au sein du couple parental.

Si vous êtes vous-même victime

Avant tout, on ne le dira jamais assez, mais, à la première gifle, partez. Rien ne justifie qu’on ne lève la main sur vous, et il est beaucoup moins facile de le faire lorsque la violence, et l’emprise se sont installées. ♥

  • Si vous êtes contrainte de fuir dans l’urgence, rendez-vous rapidement au commissariat, afin de porter plainte, d’indiquer que vous n’abandonnez pas le domicile conjugal, mais que vous fuyez pour vous protéger, vous, et éventuellement vos enfants. Sans cette démarche, la situation pourrait se retourner contre vous. Si le dépôt de plainte vous est refusé, faites au moins une main courante, et écrivez au Procureur de la République en recommandé avec accusé de réception.
  • Demandez immédiatement un référé au Juges des Affaires familiales pour la garde des enfants, et les mesures de protection d’urgence.
  • Faites constater vos blessures auprès de votre médecin, d’un hôpital, ou d’une sage-femme dans le cas de violences sexuelles.
  • Si vous arrivez à préparer votre départ, voici les organismes qui pourront vous accompagner, et vous conseiller sur les différentes formalités à accomplir pour organiser l’après, et vous protéger autant que possible. Ils pourront ainsi vous aider à trouver un hébergement temporaire, puis durable, à choisir un bon avocat, savoir si vous pouvez bénéficier de l’aide juridictionnelle pour la prise en charge totale ou partielle de vos frais de justice, vous permettre d’avoir un suivi psychologique, etc… :

CIDFF – Centre d’Information sur les Droits des Femmes et des Familles : On en compte 111 dans toute la France (Outre-mer inclus). Vous trouverez les cordonnées du centre le plus proche de chez vous par ici.

FRANCE VICTIMES regroupe 130 associations, et 200 permanences en brigades à travers toute la France. Elle fait partie des structures qui travaillent main dans la main avec l’Etat sur le Grenelle des violences conjugales. Découvrez ses actions.

SOLIDARITÉ FEMMES : c’est un réseau d’associations spécialisées dans l’accueil, l’accompagnement et l’hébergement des femmes victimes de violences.

3919 : Ce numéro destiné aux femmes victimes de violences (quelles qu’elles soient), a pour vocation de conseiller, et d’orienter. Ce n’est pas un dispositif d’urgence. Il est ouvert de 9h00 à 22h00 du Lundi au Vendredi, et de 9h00 à 18h00 les Samedis, Dimanches, et jours fériés.

Maison de la Justice et du Droit – Pour vous informer sur vos droits. Via cette page, vous pourrez obtenir les coordonnées de celle la plus proche de votre domicile.

Certains commissariats disposent d’un bureau d’aide aux victimes, composés d’un.e assistant.e sociale, d’un.e psychologue, et de policiers spécialement formés.

Certains CHU disposent d’un CASA (Centre d’Accueil Spécialisé pour les Agressions) comme c’est le cas à Rouen, Tours, ou Reims par exemple, ou d’une CAUVA (Cellule d’Accueil d’Urgence des Victimes d’Agressions), comme à Bordeaux. S’il n’y en a pas près de chez vous, n’hésitez tout de même pas à contacter l’un de ceux là, ils pourront toujours vous apporter leurs conseils.

Conservez toutes les preuves (photos, mails, courriers, sms, etc…), en les confiant à un proche, et en les enregistrant dans un service de cloud comme Dropbox (le compte est gratuit jusqu’à 2 go). France Victime proposera prochainement un service sécurisé pour cela.

 

L’association « Putain de guerrières »

Fin 2017, Clémence témoigne sur le plateau de l’émission « Ca commence aujourd’hui », et termine par ces mots « Vu tout ce qu’on a supporté, sans broncher, derrière des portes closes, on n’est pas faibles, on est des putain de guerrières ». Peu après, l’association du même nom était née.

Aujourd’hui, c’est Caroline, qui l’a découverte sur son écran ce jour là, qui a pris le relais. Comme chaque référente de l’association, elle a, elle aussi, connu la violence conjugale, et s’en est sortie. Elle sait donc ce que ressentent celles qui les contactent, et est un bel exemple de l’après. ♥

L’association a plusieurs objectifs, mais tout particulièrement celui de financer, et accompagner la fuite, puis l’après qui est rarement évident.

Putain de guerrières apporte une aide concrète, telle que la réservation d’un airbnb, ou la recherche d’une famille d’accueil pour mettre à l’abri une mère et ses enfants dans l’urgence, la commande d’un drive pour une femme qui se retrouve dépourvue d’argent, l’accompagnement dans leurs démarches, ou à une audience au tribunal, la mise en en relation avec l’un des avocats de son réseau, etc…

Elle rend également hommage, jour après jour, sur ses réseaux sociaux, à chacune des femmes tombée sous les coups de son conjoints.

Comment soutenir l’association ?

Plusieurs possibilités s’offrent à vous :

  • Adhérer à l’association en contactant Caroline par message privé via Instagram, ou Facebook
  • Faire un don, de la même façon
  • Organiser un événement au profit de l’association
  • Proposer vos services bénévolement si vous êtes un professionnel tel qu’un.e avocat.e, un.e psychologue…
  • Participer aux hommages organisés par l’association, devant différents tribunaux de France
  • L’association est également ouverte à toute bonne idée, alors, surtout, n’hésitez pas !

Si vous avez été victime, et souhaitez ajouter des conseils qui vous ont été utiles, vous pouvez m’envoyer un petit mail à contact@onehappylife.fr.

J’espère que, grâce à cet article, chacune saura comment aider une personne, proche, ou non, victime de violences conjugales, ou conseiller un témoin, comme j’aurai aimé pouvoir le faire l’Automne dernier. ♥

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